Une histoire de sapin

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Une histoire de sapin

Il était une fois un sapin, un minuscule sapin qui avait de grandes ambitions: il voulait apporter du bonheur et de la joie dans le monde. Il n’avait aucune idée de la façon dont il allait réaliser ce rêve, mais il y croyait tellement fort que les grands sapins tout autour finirent par le prendre en pitié. Certains même allèrent jusqu’à se moquer de lui: « Tu n’es qu’un petit sapin, un minuscule petit bout de bois orné d’aiguilles tout juste bon à alimenter le feu!

Le pire, c’est qu’ils avaient raison. Dans cette portion de la sapinière, le seul humain qui passait était un bûcheron qui assurait la subsistance de sa famille en coupant de belles bûches pour réchauffer les chaumières pendant la saison froide. Lui non plus, ne voyait pas le potentiel de bonheur et de joie auquel le petit sapin aspirait si fort. D’ailleurs, il était tellement insignifiant de par sa taille que, jour après jour, le bûcheron passait à côté de lui sans même lui jeter un coup d’oeil.

C’est donc dans l’ombre des plus grands conifères, qu’au fil des années, il pu grandir en continuant de chérir son rêve.

Or, plus les années passaient, plus l’environnement qui le protégeait s’était clairsemé. Les grands sapins qui, jadis, avaient pitié ou se moquaient de lui avaient trouvé leur place, tel que prévu, dans le foyer des maisons à chauffer. « Triste fin…», se répétait le petit sapin qui redoutait de plus en plus le jour où le bûcheron le remarquerait. Il travaillait très fort à garder son rêve bien vivant, mais le temps qui passait commençait à ronger peu à peu la persévérance et la détermination qui l’habitaient.

Néanmoins, chaque matin, il se dressait fièrement se disant que si cela devait être sa seule chance de briller, il le ferait de son mieux en partant de son tronc jusqu’au bout de chacune de ses aiguilles. Il le faisait si bien, si dignement que ce qui devait arriver arriva. Par un beau matin froid et ensoleillé, les pas du bûcheron le menèrent jusqu’à lui. Son tour était arrivé tout simplement.

Il s’apprêtait à remercier la vie pour tout ce qu’il avait vécu lorsque de petits pas inhabituels se firent entendre dans la neige épaisse.

Le bûcheron n’était donc pas venu seul? Le petit sapin pensa immédiatement qu’il s’agissait là d’une opportunité hors du commun. Le bûcheron était reconnu pour son travail en solitaire et voilà qu’une mini version de lui, un gamin d’une douzaine d’année à peine, semblait suivre les traces des son père. Il lui ressemblait beaucoup d’ailleurs, à une exception près: son regard. Le petit sapin y nota immédiatement une étincelle d’émerveillement unique qui lui rappela sa propre unicité.

Ainsi, le garçon, qui s’était jusqu’à présent contenté de suivre son père silencieusement, finit par prendre la parole: Il allait s’occuper lui-même du petit sapin, qui, même s’il avait grandit, n’était pas bien bien plus grand que lui. Son père voulu le décourager plaidant que le petit sapin n’avait que le potentiel d’un feu de paille. Mais le fils n’en démordit pas. Ce sapin était le sien et c’est avec lui qu’il ferait ses premiers pas de bûcheron.

Devant l’inévitable, le petit sapin, se senti rassuré de déposer son sort dans les mains du garçon. Il choisit donc de lui faire confiance et se laissa abattre. Alors qu’il se croyait prêt à être taillé en bûches, il fût surpris de sentir le garçon saisir son tronc et commencer à le traîner doucement dans la neige. Ce n’était pas dans les habitudes du bûcheron d’agir de cette façon. Définitivement, ce jeune homme n’était pas un bûcheron comme les autres et il avait certainement choisi le meilleur sapin pour entamer sa carrière.

C’est ainsi que le petit sapin se retrouva soudainement dans une maison bien chaude qu’il devina être celle de la famille du bûcheron.

N’étant pas du tout préparé à être mis au feu, il devina alors que son destin était tout autre. Bien vite, on le redressa, on le fixa et, sans qu’il puisse comprendre vraiment ce qui lui arrivait, on l’orna de lumières et de glaçons. Trônant fièrement au centre de la maison, il était devenu objet d’une grande attention. Le jeune garçon qui l’avait ramené avait su voir son plein potentiel et lui avait permis de réaliser son rêve.

Autour de lui, des festivités incroyables eurent lieu. Des sourires, des partages, des larmes de joies et des embrassades le firent frémir de plaisir. Puis, soudainement, tout s’arrêta. La fête était terminée. Au petit matin, le gamin vint le remercier d’avoir mis de la joie et du bonheur dans sa maison.

Comme c’était sa destinée, le petit sapin finit tout de même au feu. Il se rappela alors les paroles des grands sapins: « Tu n’es qu’un petit sapin, un minuscule petit bout de bois orné d’aiguilles tout juste bon à alimenter le feu!» Il savait maintenant que c’était faux. Dans le crépitement des flammes il vit la famille du bûcheron rassemblée, dans la joie, près du feu. Il lui sembla même saisir les bribes d’une conversation particulière entre le garçon et son père: Dorénavant, la sapinière offrirait aux gens des parcelles de bonheurs pour la fête de Noël. Le petit sapin compris alors, en s’éteignant doucement, qu’il avait bien fait d’être fidèle à lui-même et de croire en son rêve.

Croyez-vous que vous avez un destin plus grand qui vous attend? Que vous inspire cette histoire?

7 décembre, 2015|Tags: |0 commentaire

À propos de l’auteur:

Marie-Josée est accompagnante en écriture créative et percutante. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle a été l’amie des mots, s’intéressant tant à leur douce musique qu’à leur sens. Ses nombreuses années d’expérience en tant que rédactrice-réviseure lui ont ensuite permis de mieux saisir les liens qui unissent les gens à leur langage écrit ainsi que la réalité de l’entrepreneuriat.

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