Pause automnale

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Pause automnale

Petit matin frisquet, le soleil brille timidement à travers les branches de plus en plus dégarnies des arbres. Assise sur les marches de mon perron, je savoure cet instant de bonheur que m’offre l’automne.

Un chat passe devant moi l’air nonchalant. Je le regarde sans le voir jusqu’à ce que je réalise que c’est le mien! Aller ouste dans la maison petit fuyart! Je souris. Il me fait toujours le coup. Mais c’est un grand peureux qui ne va jamais bien loin. C’est presque devenu un jeu entre nous. Une entente empreinte de complicité.

Prise d’un frisson, je serre les pans de ma veste de laine contre moi et décide de retourner à l’intérieur pour retrouver la douce chaleur de la maison. Comme pour se faire pardonner, Monsieur le chat entreprend une danse féline à mes pieds au risque de me faire trébucher. Heureusement que je connais son manège, j’arrive habilement à l’éviter pour me faufiler dans la cuisine où je m’empresse de faire bouillir de l’eau: rien de mieux qu’un bon thé bien chaud à la citrouille pour prolonger cet instant de bien-être.

La maison est silencieuse. Tout le monde semble avoir miraculeusement trouvé une occupation. Je savoure le silence entrecoupé du doux son du vent qui siffle de l’autre côté de la fenêtre. Je me sens bien. Ma tasse de thé fumante à la main, j’entreprends de me glisser doucement dans le salon.

Ce qui ne devrait prendre que quelques secondes prend alors des allures de numéro d’équilibriste tant ma tasse menace de déborder à chaque pas. Pour limiter la possibilité d’un malheureux dégât ayant le potentiel de briser le charme de ce moment unique, je souffle délicatement sur la surface laissant ainsi l’arôme épicé se frayer un chemin jusqu’à mes narines. Transportée par cette effluve divine, j’en oublie presque le statut précaire de la situation et c’est donc avec un sourire béat que je retrouve le confort du canapé.

Blottie entre deux coussins et je m’empresse de savourer enfin ce nectar brûlant. Outch! C’était presque écrit dans le ciel, mais son goût quasi paradisiaque me fait momentanément oublier la douleur. Il faut croire que je ne me dompterai jamais.

Faute de pouvoir déguster sur le champs le contenu de ma tasse, je prends le temps de savourer le moment: le confort du canapé, mon lainage doux et réconfortant, l’arôme intense du thé et la chaleur qui s’en dégage, les rayons pâles du soleil qui traversent la fenêtre… je suis définitivement bien et en parfaite communion avec la saison.

Monsieur le chat réapparaît à ce moment précis. Le sentant à la recherche de câlins, je dépose ma tasse avec précaution. Saisissant ce geste comme une invitation, d’un seul bon, il se retrouve sur mes genoux en quête d’une position confortable pour piquer un petit roupillon. Alors que, enfin son aise, il se met à ronronner, je me sens à mon tour sur le point de décoller pour le pays des rêves. Après tout, je suis si bien et tout est si calme…

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, lâche-moi! Maman!!!!!! »

Je sursaute et regarde autour de moi. Je suis bel et bien sur mon canapé enveloppée dans mon lainage préféré. Dehors le vent souffle et les feuilles virevoltent. À mes côtés, trône une tasse de thé visiblement refroidie. Je fronce les sourcils. Quelques pâles rayons de soleil se frayent un chemin à travers la fenêtre, non pas pour me réchauffer, mais bien pour éclairer la tonne de jouets jonchant le sol? Mon regard rempli d’interrogations se lève alors pour découvrir ma fille en pleurs parce que son grand frère l’a supposément regardé.

Je souris, il m’apparaît évident maintenant que je m’étais simplement assoupie.

« Maman!!!!!! »

C’est le signal m’indiquant que la pause est maintenant terminée et qu’un retour immédiat à la réalité s’impose. Je prends une fraction de seconde pour ressentir toute la gratitude que je peux rassembler en cet instant en remerciant la vie de m’avoir faire vivre cette pause automnale empreinte de magie.

26 octobre, 2015|0 commentaire

À propos de l’auteur:

Marie-Josée est accompagnante en écriture créative et percutante. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle a été l’amie des mots, s’intéressant tant à leur douce musique qu’à leur sens. Ses nombreuses années d’expérience en tant que rédactrice-réviseure lui ont ensuite permis de mieux saisir les liens qui unissent les gens à leur langage écrit ainsi que la réalité de l’entrepreneuriat.

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