Mon histoire

Il y a de ces moments qu’on dit charnières. Ils sont tout simplement destinés à changer le cours des choses, à amener une prise de conscience. Ils ne peuvent se prédire, ils arrivent tout simplement pour ébranler notre conception de la vie et nous faire choisir un chemin différent.

Tout le monde a ce genre d’histoire quelque part au fond de sa tête.

Parfois, on ne sait même pas qu’un événement aura un rôle à ce point déterminant au moment où il se produit. Ce n’est qu’avec du recul qu’on a la capacité d’en saisir les subtilités.

Difficile de déterminer quand cette histoire, qui est la mienne, a commencé. Quand j’ai décidé d’étudier en Lettres au cégep? Lors de mon acceptation en Études Littéraires à l’université? Quand j’ai eu mon premier enfant? Mon deuxième? Mon troisième? Quand j’ai choisi de devenir réviseure plutôt qu’auteure? Dieu seul le sait en fait.

Une chose est certaine, tous ces événements sont des ponctuations dans le récit de ma vie. Un enchaînement servant d’introduction jusqu’à l’élément déclencheur destiné à chambouler la tranquillité de celle-ci.

En fait, mon quotidien était assez simple: le classique métro-boulot-dodo avec une volonté de vivre le temps restant entourée des personnes que j’aime. Rien de bien exceptionnel. Je révisais parce que c’était plus simple pour moi que de me commettre à écrire. En fait, je brûlais d’envie de prendre la plume pour m’exprimer, mais pourquoi oser quand la vie suit son cours? Pourquoi se questionner? Certes, je n’étais pas sur mon X, mais je n’étais pas non plus complètement hors du sentier.

Or, quand on a 30 ans, on pense qu’on a la vie devant, que la mort est un concept pour les aînés, que nos proches sont immunisés…

C’est ce que je pensais, du moins jusqu’à ce jour fatidique de 2013 où la maladie a frappé, non pas moi, mais le papa de mon conjoint. En l’espace de deux mois, à l’aube d’une retraite bien méritée, la vie s’en est allée, laissant derrière elle une famille bouleversée et secouée. J’aimais beaucoup mon beau-père. Comme ce n’était pas mon père, je n’osais vivre cette peine qui était la mienne alors que je voyais mon conjoint perdre soudainement son pilier, son point de repère.

Ça été le point tournant de ma petite vie tranquille. Je ne pouvais pas concevoir qu’on bûche toute sa vie pour en arriver là. À quoi bon les heures de fou au boulot si c’est pour se tuer à petit feu? C’est ainsi que j’ai entamé une réflexion profonde sur ce que je souhaitais vraiment vivre à partir de ce moment. Si le décès de mon beau-père me semblait injuste et vide de sens, il me fallait tout faire pour lui en donner un. C’est d’ailleurs cette quête de sens qui m’a tenue debout et m’a permis de supporter les membres de ma famille dans ce deuil difficile.

Ainsi, lentement mais sûrement, j’ai entrepris de vivre la vie que j’aurais dû choisir à ma sortie de l’école.

Ça ne s’est toutefois pas fait comme par magie. Passer des coulisses à la scène m’a demandé de cheminer dans les montagnes russes de mes émotions, d’assumer mon imperfection et d’oser briller de ma couleur unique. Écrire demande de se dévoiler et de faire face à la critique. Il m’a fallu accepter ces conditions pour vivre la vie qui m’était destinée et qui, par une série de choix, avait légèrement bifurqué de sa trajectoire.

Ça m’aura pris trois ans à être capable d’écrire ces lignes. Pourtant j’écris tous les jours avec plaisir, mais cette histoire, qui est la mienne, est probablement celle qui me demande le plus d’humilité dans sa présentation. Tout le monde a ce genre d’histoire quelque part au fond de sa tête. Un récit vibrant de vérité destiné à inspirer la possibilité. Et ce n’est qu’avec du recul qu’on a la capacité d’en saisir les subtilités pour mieux les partager et ainsi, commencer à changer le monde… un mot à la fois!

Vous avez une histoire de ce genre? Dites-moi, en commentaire, en quoi elle a changé le cours de votre vie.

16 mai, 2016|16 Comments

À propos de l’auteur:

Marie-Josée est accompagnante en écriture créative et percutante. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle a été l’amie des mots, s’intéressant tant à leur douce musique qu’à leur sens. Ses nombreuses années d’expérience en tant que rédactrice-réviseure lui ont ensuite permis de mieux saisir les liens qui unissent les gens à leur langage écrit ainsi que la réalité de l’entrepreneuriat.

16 Commentaires

  1. genevieve.grondin@tlb.sympatico.ca'
    Genevieve 16 mai 2016 à 7:58 ␣- Répondre

    Bonjour Marie-Josée,

    Je ne sais plus par quel hasard je te suis depuis tes débuts sur ce blogue, et le simple fait de te voir apparaître dans ma boîte de courriel me rappelais déjà qu’il est possible de poursuivre ses rêves dans ce monde de fous! Ton courage, ta persévérance et ton authenticité me touche et m’inspire chaque fois. Bonne continuité!

    • Marie-Josée 16 mai 2016 à 8:34 ␣- Répondre

      Bonjour Geneviève!

      Merci d’avoir pris le temps de m’écrire ces si beaux mots! Je suis heureuse qu’ils t’inspirent. Le monde est fou, tu as bien raison et j’essaie bien modestement de le changer… un mot à la fois.

      Merci encore!

  2. solenebourque@hotmail.com'
    Solène 16 mai 2016 à 11:08 ␣- Répondre

    Ici, c’est au niveau personnel que j’ai vécu à peu près le même choc qui donne la motivation de bouger. Une collègue de mon âge: cancer avec métastases au foie et poumons, radio, chimio, des mois en dents de scie, de merde et d’espoir pour mourir 18 mois plus tard….
    Ça a été le coup de pied aux fesses dont j’avais besoin pour changer ma vie et choisir le bonheur plutôt que le « pilote automatique » sur lequel je fonctionnais depuis quelques années et que je préservais au nom de la sacro-sainte stabilité et sécurité.
    Ma vie est moins prévisible maintenant… mais tellement plus heureuse! Et mes enfants en sont les premiers gagnants! :)

    • Marie-Josée 16 mai 2016 à 11:39 ␣- Répondre

      Ça me bouleverse de te lire Solène. Je comprends tellement car, force est d’admettre qu’on a eu le même genre de « wake-up call ». C’est brutal, mais en donnant un sens à ce qui n’en a pas, un a le pouvoir de changer non seulement notre vie, mais aussi d’inspirer les autres à faire de même avant de frapper le mur.

      • solenebourque@hotmail.com'
        Solène 18 mai 2016 à 1:58 ␣- Répondre

        Oui! En effet! Dans ces événements tragiques il y a une force de vie qui nous aide à choisir le chemin qu’on veut prendre. ♡

  3. moreau.lyne@sympatico.ca'
    Lyne 16 mai 2016 à 12:56 ␣- Répondre

    Le 6 décembre 1989 a tout changé pour moi. J’étais étudiante studieuse à Polytechnique et je me suis aperçue que s’impliquer….ben ça change une vie! Moins d’étude, plus d’implication et de découverte de soi. J’ai fini mon bacc en génie électrique….mais aujourd’hui je suis agente de pastorale et bien heureuse de l’être!

    • Marie-Josée 16 mai 2016 à 1:54 ␣- Répondre

      C’est une belle expérience ça! Merci pour ce beau partage qui prouve que les prises de conscience ne sont pas seulement dans les difficultés.

      • moreau.lyne@sympatico.ca'
        Lyne 21 mai 2016 à 11:33 ␣- Répondre

        En fait, le 6 décembre 1989, c’est le jour où Un homme a tué 14 femmes à Polytechnique….

        • Marie-Josée 22 mai 2016 à 9:57 ␣- Répondre

          Je me rappelle très bien cette journée. J’étais jeune à l’époque et je n’en saisissais pas toute la portée, mais je peux m’imaginer que cet événement a été un point tournant pour plusieurs personnes.

  4. Julie lit au lit 16 mai 2016 à 4:19 ␣- Répondre

    Très inspirant ton parcours!

    Je parle un peu du mien sur mon blogue. https://julielitaulit.com/a-propos/

    J’ai du mal à parler de moi. Quand je serai grande, je serai moins introvertie (ou pas).

  5. juliebouchard28@hotmail.com'
    Julie 18 mai 2016 à 11:13 ␣- Répondre

    Pour ma part, je dirais que ma vie à pris un nouveau sens en mars 2013. Avant, je me disais que la vie parfaite était la vie parfaite. je m’explique, un conjoint, deux beaux enfants, une maison, un métier d’éducatrice spécialisée toujours là pour aider les autres. J’avais tout cela, je croyais ma vie parfaite. Et puis boom!!!! je me suis aperçue, que ma vie n’était en réalité que mensonges!!. Après 6 ans de vie commune, l’infidélité me frappe de plein fouet. Comme un ouragan, ma belle vie que je crois si parfaite a « Foutu le camp ». Par la suite, deux ans de tristesse, deux ans de recherche du bonheur. Jusqu’à ce que je me rende compte, en 2015, que ma vie ne se résume pas à ce qui est parfait.
    Donc nouveau chemin…
    Après un retour aux études qui m’a mené vers un métier avec les chiffres (métier que j’adore)
    Après deux ans à ne voir que le noir qui m’entoure et à refuser (bien malgré moi) à voir le soleil qui illumine mes journée (mes deux magnifiques filles), j’ai décidé que ma vie était dorénavant un parfait bonheur imparfait :)
    Non, je n’ai pas de conjoint et de maison parfaite, oui, je suis une mère imparfaite (et fière de l’être), mais chaque soir, avant de me coucher, je regarde ces deux merveilleuses petites étoiles, couchés dans leurs lit de notre appartement de cinq pièces et demi. Je me remémore toutes les fois où elles m’ont fait sourire dans la journée, où elles m’ont fait choquer, où elles m’ont exaspérée :). et je me dit que je le vis, maintenant, mon petit bonheur.
    Je me couche avec le souvenir d’une bonne journée au travail, d’une retour à la maison sur les chapeaux de roues pour les routines, des beaux moment avec mes étoiles et des bizoux échangés avant le dodo, et je m’endors en souriant.
    Donc le moment où ma vie à changé, c’est le moment où je me suis permis d’avoir un parfait bonheur imparfait. :)

    • Marie-Josée 18 mai 2016 à 7:29 ␣- Répondre

      Tu semble avoir tellement appris de ce moment décisif. Merci pour ton partage. Je te souhaite de continuer de trouver ton bonheur dans les petites choses du quotidien. Continue d’avancer, tu es sur la bonne voie chère maman parfaitement imparfaite ;)

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